Pierre-Michel Sivadier

musicien, compositeur, auteur

emusic4you@orange.fr

   
 

 

Janvier 2020. Nous verrons album de Simon Goubert, couronné par le Grand prix de l'académie Charles Cros. Avec deux textes de Pierre-Michel Sivadier Nous verrons et Pina Bausch et le fleuve.

Ces deux poèmes figurent dans l'ouvrage Frondes étourdies suivi de Ressort des vagues, publié aux éditions Stellamaris.

*

 

 

 

Nous verrons

 

Nous verrons le ciel,

Ciel je t’ai manqué.

Nous verrons le ciel,

Comme tu m’as manqué !

 

Les eaux fortes éclairent

Toutes mes journées,

Les sonnets du ciel.

 

J’ai failli te dire

Sonnent les plaisirs.

J’ai failli te dire

Quitte tes chagrins.

Verrons-nous demain ?

 

Tu chantes à découvert

Tous les sonnets d’hier.

Oh la traque animale

Qui fond sur le métal !

Mes plus beaux atours

Les ai recensés,

Sonnent les beaux jours,

Les forêts d’été,

Sonnent les beaux jours.

 

 

 

Sous le vent j’ai tracé

– qui planent en mon jardin –

Incendies déployés,

Pierres à portée de main

Et je les ai remodelés

À tous mes souvenirs.

 

Quand dix jours ont passé

Où sont mes souvenirs ?

« Sois sage, ô ma Douleur,

Et tiens-toi plus tranquille »

Dans les eaux fortes de ton coeur

Ai-je rêvé le fil

De cette force

Qui me ceint et qui délie mes pleurs ?

 

Les traces et les espoirs

Que je n’aurais éteints,

Nous verrons demain.

 

Sonnent les beaux jours,

Oh le miel d’hiver !

Sonnent les beaux jours,

Les forêts d’été.

 

Chante à découvert,

Comme tu m’as manqué !

Les sonnets d’hier

Effeuillent mes déserts.

 

 

Pierre-Michel Sivadier

in Frondes étourdies, Stellamaris 2018

Nous verrons, Simon Goubert, Seventh Records 2019

 

 

*

 

Pina Bausch et le fleuve

 

 

Tu es comme ces poètes de sept ans

Qui se meuvent dans les cimes brûlantes

Sans jamais se blesser,

Observent les décorations,

S’approprient des sapins, immenses, illuminés.

Ils prennent la tangente et regardent le fleuve.

 

Oh laissez-moi danser !

Sans jamais préjuger

Du ressort des vagues.

 

Qui es-tu ? Qui es-tu ?

Qui oses-tu défier ?

Souveraine incartade,

C’est ta vie pimentée

Que tu exposes

Et ta poésie se fracasse

Contre l’époque.

 

Oh laissez-moi danser !

Transformer les échelles

Sans me défausser.

Ah je ne vois même plus !

J’ai dansé dans le sombre

Des années perdues.

Oh je regarde le fleuve !

Sans jamais préjuger

Du ressort des vagues.

La nuit mange la cité.

Dans les vides ruelles

Aux murs délavés

Je cherche le vertige.

Tout dans ces mouvements

Tout, tout est au présent

Rien ne me corrige.

 

 

La chaise qui tombe,

C’est notre âme immergée.

Quand tu glisses, le temps glisse.

Quand tu vends le mouvement paré de ses risques,

Le choc me parvient.

Quand tu brises les lignes de la verticalité,

J’adhère à ton apesanteur.

Je m’en nourrirai le jour venu

La nuit, le jour

La nuit, le jour…

 

Oh laissez-moi danser !

Sans jamais préjuger

Du ressort des vagues.

Et je regarde.

Je regarde le fleuve

Transformer les échelles

Et je m’y abreuve.

 

Quand tu glisses, le temps est lisse,

Le vent, mouvant ; parés les risques.

Le champ brisé de la verticale,

Je m’y abreuve, est-ce une preuve ?

J’adhère à cette apesanteur,

Un idéal domptant la peur.

Et je m’en nourrirai le jour venu,

Le jour, le jour

Où l’époque

Aura dévoré

Tous les plaisirs,

Toutes nos nourritures,

Celles de nos âmes,

Celles de nos corps

 

Désorientés.

 

 

 

Pierre-Michel Sivadier

in Ressort des vagues, Stellamaris 2018

Nous verrons, Simon Goubert, Seventh Records 2019

 

 

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